CCCI - CCIC
ACCUEIL RECHERCHE PLAN DU SITE CONTACT ENGLISH

Ressources

Information. Engagement. Réseautage.

À PROPOS NOS INTÉRÊTS GROUPES DE TRAVAIL MÉDIAS RESSOURCES MEMBRES
Emploi
Ressources en emploi
Bénévolat et stages
Qui fait quoi
Coin des membres
Passer à l'action
Archives
Publications
Bon de commande
Liens


IMPRIMER

Renforcement des capacités pour l’essor de la démocratie : Projet des syndicats d’Afrique de l’Ouest sur l’éducation au service de la démocratie appuyé par le Congrès du travail du Canada

Enseignements de la société civile sur l’efficacité de l’aide

Étude de cas préparée pour le Conseil canadien pour la coopération internationale
mars 2003

Le premier cours de l’Harmattan organisé par le Congrès du travail du Nigeria (CTN) à Bauchi, dans le nord de ce pays, a réuni 133 dirigeants et militants syndicaux nigérians en décembre 2002, à l’occasion d’une semaine de formation intensive dispensée par des enseignants du Nigeria, du Ghana, d’Afrique du Sud et du Canada. Cinq cours ont été donnés simultanément au cours de la semaine : leadership national, leadership au sein de l’État, représentants en milieu de travail, formation des éducateurs et leadership des femmes. Un Nigérian et un étranger animaient conjointement chaque cours. Cette initiative avait pour objectif de donner une formation spécialisée portant sur les cinq thèmes principaux, en se servant de manuels conçus par le Congrès du travail du Nigeria (CTN) en 2000-2001. Un second objectif consistait à aider les responsables syndicaux à acquérir de nouvelles méthodes et compétences pour résoudre les problèmes des membres.

Dans leur évaluation de ce premier cours de l’Harmattan organisé par le CTN, les participants ont rappelé avec éloquence les origines de cette initiative, la situant dans le contexte ouest-africain des mouvements syndicaux organisés au cours des années 1980 et 1990 et évoquant le rôle central de la solidarité syndicale internationale :

  • Le cours de l’Harmattan est le fruit d’une longue lutte menée pour reconstruire le mouvement syndical en Afrique de l’Ouest. L’éducation a joué un rôle important dans cette démarche. Au cours de la période de répression politique et militaire des années 1980 et 1990, les syndicats ont subi de graves attaques dans plusieurs pays d’Afrique occidentale. Les dirigeants syndicaux se réunissaient alors régulièrement en ateliers sous-régionaux, pour échanger des idées et formuler de nouvelles stratégies sur les moyens de survivre en tant que mouvement et de rebâtir une organisation syndicale. L’appui solidaire apporté par le Conseil des syndicats du Commonwealth au cours des années 1980 et par le Congrès du travail du Canada (CTC) pendant les années 1990 a été déterminant pour le succès de telles activités. Ces ateliers ont permis de préserver le dynamisme de la vision du syndicalisme démocratique et d’enrichir la formation syndicale d’idées démocratiques et participatives.

Le cours a été conçu sur le modèle des cours d’hiver donnés par le CTC. Chaque année, ce dernier organise dans différentes régions du Canada jusqu’à douze cours d’une semaine, sur des thèmes divers, notamment la négociation collective, la santé et la sécurité au travail, la solidarité mondiale, etc. Les participants, des dirigeants et des militants syndicaux canadiens, passent six heures par jour en classe. En plus de ces cours, l’apprentissage s’effectue à travers la participation en soirée à des réunions avec des conférenciers externes invités, à des activités sportives informelles et à des activités culturelles, y compris des concours de chant et des saynètes. Au cours des cinq années du Projet des syndicats d’Afrique de l’Ouest sur l’éducation au service de la démocratie, entre 1996 et 2001, plus de vingt syndicalistes du Nigeria, de Sierra Leone et de Gambie ont participé aux cours du CTC. Il était remarquable de constater que la formation de l’Harmattan dispensée au Nigeria s’appuyait sur des méthodes d’apprentissage actif et des concours en soirée faite par nos partenaires nigérians, selon leur culture et leurs besoins.

Le Projet des syndicats d’Afrique de l’Ouest sur l’éducation au service de la démocratie a débuté en 1996. À cette époque, le régime militaire nigérian avait pendu les militants de l’Ogoniland, en dépit de protestations internationales généralisées, alors que se déroulait une réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth. Le Canada avait offert son soutien à la société civile dans le but de promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance dans la région. Les syndicats ouest-africains disposaient d’une large base et l’on prévoyait qu’en initiant aux divers aspects de la démocratie les militants et les dirigeants syndicaux, on formerait un réseau de militants démocratiques qui contribuerait à instaurer un régime civil, une fois les militaires chassés du pouvoir.

Quoique échelonné sur cinq ans et en deux phases, moyennant un financement de l’ACDI octroyé par la Direction bilatérale de l’Afrique et du Moyen-Orient, le projet a bénéficié d’un soutien organisationnel décisif, à la fois en Afrique et au sein du Commonwealth.

Le projet a été lancé au cours d’un atelier de planification tenu à Accra, au Ghana, qui réunissait des participants venus de pays d’Afrique de l’Ouest vivant alors sous une dictature militaire. Étaient aussi présents des représentants du Congrès des syndicats du Ghana (CSG), du Conseil des syndicats du Commonwealth (CSC), de la Confédération internationale des syndicats libres /Organisation régionale africaine (CISL/AFRO), de l’Organisation de l’unité syndicale africaine (OUSA) et du CTC. Cette première réunion a notamment permis de cerner les questions prioritaires à aborder (résolution des conflits, femmes et démocratie, environnement et démocratie, démocratie syndicale interne, droits syndicaux et autres droits de la personne) dans le cadre d’ateliers nationaux et régionaux, afin de rejoindre les groupes cibles dans tous les pays participants.

La coordination et la continuité ont été les deux principaux éléments qui ont contribué au succès de la collaboration Nord-Sud. Deux coordonnateurs généraux – l’un du Congrès du travail du Nigeria en poste en Afrique de l’Ouest, et l’autre du Congrès du travail du Canada – ont communiqué régulièrement et ont participé tous deux à l’ensemble des ateliers régionaux. La continuité a été réalisée en veillant à la présence de certains participants tout au long du processus, tandis qu’un effet multiplicateur était obtenu par l’ajout de nouveaux participants aux ateliers nationaux, qui assistaient ensuite à certains ateliers régionaux.

Pendant toute la durée du projet, il s’est créé une synergie entre les ateliers régionaux et nationaux. Les participants aux activités nationales se sont employés à élaborer des thèmes prioritaires selon leurs réalités propres et ces conclusions ont ensuite été communiquées aux ateliers régionaux. Les nouvelles idées qui se sont dégagées ont été retransmises à chaque centre national. Dans toutes les activités, on s’est efforcé de respecter la parité entre les sexes, qui a souvent été atteinte, bien qu’il y ait eu des ateliers où moins de la moitié des participants étaient des femmes.

Les ateliers régionaux comportaient au moins une personne-ressource canadienne du CTC. Le ou les experts canadiens ont apporté une expérience comparative sur le thème particulier qui était abordé. Les participants ont apprécié la perspective canadienne qui s’est ajoutée à leurs déliberations.

La Feuille d’information sur les travailleurs du Nigeria, une publication largement diffusée, a constitué un outil supplémentaire utilisé pour transmettre à un large public, au-delà des participants eux-mêmes, les connaissances et les enseignements. L’apprentissage s’est par ailleurs effectué au cours de voyages d’études au Canada, expérience fort utile, appréciée par tous les participants, qui leur a permis d’apprendre de nouvelles méthodes d’éducation, d’observer la démocratie sociale en action et de rapporter de nouvelles idées dans leur pays.

Des manuels d’éducation sur la résolution des conflits, sur les femmes et la démocratie ont été conçus, mis à l’essai, largement distribués et utilisés lors de séances d’éducation dans chacun des pays où il existe des syndiqués de la base. Dans certains cas, ces manuels ont servi de modèle pour la création ultérieure d’autres documents consacrés à des thèmes d’intérêt local et immédiat.

Il convient de noter qu’un certain nombre de « ex-participants » de ce projet ont par la suite occupé des postes de responsabilité dans leur syndicat. C’est le cas des secrétaires généraux du Congrès du travail du Nigeria et du Congrès des syndicats du Ghana, des directeurs de l’éducation du Congrès du travail du Nigeria et du Congrès du travail de la Sierra Leone, de la coordonnatrice du Service des femmes du Congrès du travail du Nigeria et de la secrétaire chargée de la condition féminine du Congrès du travail de la Sierra Leone, ainsi que de la directrice du Service international du Congrès des syndicats du Ghana, la première femme à occuper ce poste dans toute l’Afrique. En outre, un ex-participant du projet est devenu ministre au sein du gouvernement de Sierra Leone.

L’évaluation, menée par un expert indépendant avec l’aide de trois participants ouest-africains, a fait état des résultats suivants :

  • Le projet a joué un rôle important dans le renforcement des structures syndicales et l’établissement d’institutions syndicales en Afrique de l’Ouest.
  • Le projet a favorisé les liens entre les syndicats du Canada, du Nigeria et de Sierra Leone, et a contribué à consolider les pratiques démocratiques à l’intérieur des syndicats.
  • Le projet a accru la présence des femmes à l’intérieur et à l’extérieur des syndicats, contribuant à raffermir la confiance et le pouvoir d’action des femmes.
  • Le projet a influencé le programme d’éducation des syndicats et renforcé leur capacité à élaborer de nouveaux cours et de nouvelles méthodes d’enseignement.
  • Le projet a fourni des modèles de « pratiques optimales » en matière d’éducation syndicale, et d’édification et de maintien de la démocratie.
  • Le projet a encouragé et préparé les syndicalistes à l’action démocratique dans les milieux de travail, les syndicats, les collectivités et les pays.
  • Le projet a été médiatisé parmi les syndicats, les organisations de la société civile, la population d’Afrique de l’Ouest et les syndicalistes du Canada.

Il est toujours tentant de s’attribuer un certain mérite, mais en toute modestie, il faut bien dire que ce projet quinquennal qui a réuni des éducateurs et des militants syndicaux d’Afrique de l’Ouest, du Canada et d’Afrique du Sud a contribué à l’essor du mouvement syndical en Afrique occidentale. Nous avons débuté cette « étude de cas » par le cours de l’Harmattan dispensé par le Congrès des syndicats du Nigeria. Il s’agit certes d’un excellent exemple de la manière dont le mouvement syndical nigérian a participé à un processus d’éducation et d’apprentissage, dont il l’a pris en charge et a conçu un modèle d’éducation qui réponde à ses besoins particuliers consistant à poursuivre le renforcement des capacités en matière d’éducation des travailleurs.

Les commentaires suivants, formulés par l’ancien agent d’éducation du CSC, qui a joué un rôle crucial dans la création et la formulation du projet, illustre certains des éléments et des principes nécessaires à une coopération positive Nord-Sud :

  • L’une des raisons pour lesquelles le modèle ouest-africain a été relativement efficace tient à la perspective commune qui s’est dégagée quant à la forme d’éducation syndicale choisie. Celle-ci était résolument axée sur l’apprenant et reposait sur une méthodologie assez facile à reproduire, fondée sur les besoins exprimés par le mouvement syndical lui-même. Il s’agit d’un facteur important.

    Sous le couvert de la solidarité internationale, on omet dans bien des cas de reconnaître que chaque « donateur » superpose fréquemment (parfois inconsciemment) son propre modèle de pratique et de prestation éducative, souvent sans voir la confusion que celà peut semer au sein des mouvements syndicaux locaux, qui doivent adopter ce qui découle essentiellement d’une perspective différente selon chaque donateur! La réponse consiste évidemment à opter pour une action s’inscrivant dans un projet qui fasse en sorte que les forces nées de l’expérience locale soient prises en compte et mises à l’épreuve de la pratique quels que soient les modèles élaborés. Le projet d’Afrique de l’Ouest a réussi à engendrer ce « processus d’assimilation » et à fournir un point de rassemblement crucial pour éprouver l’efficacité de nouveaux modèles, au fur et à mesure de leur élaboration.

    Ce qui s’est dégagé sur une période de quelques années a été l’affinement d’un modèle pédagogique concerté, ouvert à l’innovation, mais fondé sur un grand nombre de principes et de pratiques communs dans le domaine de l’éducation. Voilà une constatation importante, notamment du fait que cette démarche a permis d’élaborer des documents et d’acquérir des compétences en matière d’animation qui ont été diffusés dans toute une région, sans perdre de vue les besoins propres à chaque pays. C’est ce qui a effectivement assuré la viabilité de l’action éducative visée par le projet.

En conclusion, les mouvements syndicaux d’Afrique de l’Ouest rendent hommage à ce projet quinquennal qui les aidés à devenir le secteur le plus vaste et le plus dynamique dans chacun de leur pays. Actuellement, tant le CTN (au Nigeria) que le CSG (au Ghana) jouent actuellement un rôle de premier plan dans les luttes locales et régionales visant à obtenir des emplois et des conditions de vie décents pour les travailleurs et leurs collectivités et, ce faisant, interagissent avec les pouvoirs publics, pour qu’ils adoptent des stratégies propres à réduire la pauvreté généralisée.

En outre, les enseignements tirés du Projet des syndicats d’Afrique de l’Ouest sur l’éducation au service de la démocratie sont appliquées par le CTC à la programmation dans le domaine de l’éducation et du renforcement des capacités des travailleurs dans d’autres régions du monde, par exemple au Moyen-Orient.

Pour de plus amples informations, contacter : anitos@clc-ctc.ca.

Site web du CTC : www.clc-ctc.ca


TOP
 
  • COIN DES MEMBRES
  • QUI FAIT QUOI
  • Devenez membre
  • Emploi
  • Programme en 10 points
  • Code d'éthique
  • Bilan de l'aide