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4. Veiller à la matérialisation des engagements en faveur des droits de la femme et de l'équité entre les sexes

« Les hommes et les femmes s'humanisent réellement dans leur relation mutuelle ; si l'un des sexes est dénigré en tant que sexe, c'est toute l'humanité qui en sort perdante. »

Juliet Mitchell, Women and Equality
.

Si c'est le désespoir qui engendre et nourrit les révolutions, il ne faut pas s'étonner que le mouvement des femmes ait déclenché l'une des plus longues révolutions de l'histoire. Après tout le visage de la pauvreté a toujours été et continue d'être principalement féminin : 70 p. 100 du 1,3 milliard de personnes qui vivent avec moins de 1 $ par jour dans le monde sont des femmes.

Les grands courtiers du pouvoir mondial, par contre, sont presque uniquement des hommes - les femmes détenant en moyenne 10 p. 100 des sièges des députés dans le monde, et à peine 6 p. 100 des postes au sein des cabinets gouvernementaux.

Cette inégalité criante, il va sans dire, n'est pas due au fait que les femmes seraient incapables ou paresseuses. En fait, les femmes effectuent près des deux tiers du travail dans le monde, mais reçoivent moins de 10 p. 100 des revenus globaux et détiennent moins de 1 p. 100 de la propriété à l'échelle mondiale.

Ces données trahissent une démesure qui soit nous déprime soit nous aliène totalement. Elles peuvent toutefois nous aiguiller sur l'action. Car les hommes et les femmes œuvrant de concert en vue de faire respecter les droits des femmes constituent la meilleure défense contre l'inégalité, l'injustice et la pauvreté.

Beaucoup de gens ignorent tout des « problèmes des femmes »; peut-être ne se sentent-ils pas concernés. Quelle pensée à courte vue : la pauvreté des femmes affecte des milliards d'êtres humains des deux sexes. Ainsi, les enfants nés de femmes sous-alimentées ne pourront jamais vivre en santé ni être productifs.

Le mouvement des femmes l'a maintes fois démontré : on peut changer les choses, tant sur le plan social que dans les comportements individuels et dans les structures, lois ou institutions. Il n'y a pas si longtemps, les Canadiennes ne pouvaient pas voter, la loi ne les considérant pas comme des personnes. Depuis, des progrès considérables ont été faits dans le sens de l'égalité, sur des plans aussi divers que la propriété, la reproduction et l'égalité salariale.

Il y a eu également des progrès à l'échelle internationale. En 1993, le Canada a été le premier pays à ajouter « le sexe » parmi les critères permettant d'accorder le statut de réfugié ; il défend de plus la position que la crainte bien fondée d'être violée en raison de son sexe est une raison valable d'accorder l'asile.

Dix-huit mois plus tard, une Somalienne a pu gagner le Canada avec sa fille de 10 ans, grâce à ces décisions. Si elle était restée dans son pays, sa fille aurait eu ses organes génitaux mutilés. Dans un jugement historique, la Commission de l'immigration et du statut de réfugié a déclaré que sa déportation « empiéterait gravement sur son droit à la sécurité de sa personne ».

Si l'on connaît mieux les progrès qui ont été réalisés dans les pays du Nord, il n'en demeure pas moins que le mouvement des femmes a eu un impact colossal dans le monde entier. Ainsi en Inde, le Self Employed Women's Association (SEWA) a commencé à organiser les femmes dès les années 70. Le SEWA a eu l'idée de mobiliser dans un même syndicat les ramasseuses de papier, les vendeuses de rue, les travailleuses rurales et les travailleuses à domicile. Fonctionnant telle une coopérative, le SEWA a créé des formes d'emploi novatrices et constitué une banque de femmes. Il compte aujourd'hui plus de 200 000 membres.

Au Zimbabwe, les femmes qui ont pris part aux guerres d'indépendance des années 70 ont utilisé ce nouveau pouvoir pour exiger l'amendement des lois qui jusque-là les empêchaient de posséder des terres, d'hériter ou même de pouvoir signer des contrats. Et elles ont obtenu gain de cause.

Dans l'État indien d'Andhra Pradesh, les femmes se sont regroupées dans les années 80 afin de se défendre contre les voies de fait généralisées à l'endroit des épouses. En plus de s'apporter mutuellement soutien et refuge contre les maris violents, ces femmes ont parfois répliqué en « pantouflant » le batteur de femme, c'est-à-dire en le frappant en public à coup de pantoufles. Ayant démontré le lien entre la violence des hommes et l'abus de l'alcool, elles ont réussi dans quelques villages à faire interdire la vente d'alcool.

Une nouvelle conscience émerge de la lutte menée partout dans le monde contre tout ce qui fait obstacle aux droits civils, économiques et politiques des femmes. La pauvreté des femmes demeure toutefois généralisée, montrant bien l'ampleur du fossé qu'il reste à franchir avant d'atteindre l'égalité. Et cela est vrai aussi bien au Canada que dans les pays du Sud.

En 1994, une consultation menée à l'échelle du pays sur l'avenir des femmes au travail a révélé que le travail, payé ou non, réalisé par les femmes augmentait et que la privatisation de la santé et des services sociaux ramenait au foyer, à la charge des femmes, des tâches assurées jusque-là par les institutions.

L'oppression des femmes tout comme la pauvreté n'est pas plus une fatalité. Car la pauvreté et l'inégalité résultent toutes deux de politiques créées et maintenues par les décisions des hommes. La discrimination à l'endroit des femmes est systémique et elle prend une multitude de formes. D'où la nécessité de solutions diversifiées et imaginatives et d'une coordination à plusieurs niveaux.

La modification des lois n'apportera réellement des fruits que si en même temps l'on change l'infrastructure, la livraison des services sociaux et les comportements, à l'aide d'une stratégie axée sur des objectifs communs.

Prenons l'exemple de l'analphabétisme : les deux tiers des 900 millions d'analphabètes dans le monde sont des femmes. Pendant des décennies, les gouvernements progressistes ont adhéré à l'idée que l'éducation devait être également accessible aux filles et aux garçons.

Or, 60 p. 100 des 129 millions d'enfants d'âge scolaire dans le monde qui ne fréquentent pas l'école sont des filles. Elles sont plus souvent absentes ou décrochent plus rapidement que les garçons, soit parce qu'elles doivent assurer une partie importante du labeur des femmes des milieux ruraux, soit que les parents refusent qu'elles quittent le village pour aller à l'école.

Des études menées au début des années 90 sur la fécondité des femmes, leur statut économique et la santé des enfants ont permis à la Banque mondiale de démontrer aux gouvernements et aux donateurs l'importance décisive de l'éducation des femmes. D'après ces études, chaque année d'instruction développe chez la femme une meilleure compréhension des choix possibles en matière de reproduction, et accroît ses revenus. Ainsi, conclut la Banque mondiale, l'éducation des femmes constitue l'un des meilleurs investissements qui soient.

La pauvreté ne se limite toutefois pas aux familles dirigées par une femme. En fait, l'homme, ordinairement chef de famille, décide souvent où vont les ressources familiales et ses décisions ne sont pas toujours les plus sages. D'après des études menées en Afrique et en Amérique latine, les sommes qui sont entre les mains de la mère ont, sur la santé des enfants, 20 fois plus d'effet que les sommes contrôlées par le père.

La compréhension de ces mécanismes permet de s'attaquer à la racine du problème. En Inde, par exemple, les donateurs financent maintenant l'établissement d'écoles dans les localités de sorte que les filles n'aient pas à quitter le village pour les fréquenter. Avec l'aide des ONG, des travailleurs sociaux œuvrent auprès des familles et des collectivités pour amener et faire rester les filles à l'école. L'on révise aussi les programmes et les méthodes d'enseignement afin qu'ils reflètent mieux les réalités des filles.

Résultat : Les filles qui vivent dans la pauvreté et qui semblaient destinées à y demeurer fréquentent maintenant l'école plus longtemps.

Cette coordination des efforts peut porter fruit pour les femmes mais également en agriculture, dans le domaine des banques, des services sociaux ou des modes de décision. Toute somme investie dans les routes et les communications, pour électrifier les villages ou les équiper pour la lessive libérera du temps et de l'énergie que les femmes consacreront à la collectivité, à l'école communale et à elles-mêmes, avec des effets nécessairement bénéfiques.

Adoptée par les gouvernements, les ONG et les agences multilatérales, une telle approche serait beaucoup plus efficace qu'une nouvelle loi ou qu'une déclaration des Nations unies, car elle prouverait que le plein épanouissement des femmes en tant qu'êtres humains fait non seulement reculer la pauvreté, mais constitue les fondements mêmes de l'avenir de l'humanité.


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