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Profil d'un membre, mai-juin 2016

Oxfam Québec

 

Oxfam Québec

Anne Loranger-King et Alicia Chavez.
Photo : Ly

Ce mois-ci, le CCCI a rencontré le directeur général de SUCO, Richard Veenstra. SUCO (qui veut dire solidarité, union et coopération) est une ONG basée à Montréal qui vient tout juste de célébrer son 55e anniversaire. Nous avons discuté avec SUCO de l'importance qu'ils accordent à l'agro-environnement, ainsi qu'au programme d'envoi de volontaires, entre autres choses!

 

CCCI - SUCO célèbre ce mois-ci 55 ans d'engagement en développement international. Pouvez-vous nous parler de quelques moments clés de votre histoire et des raisons qui expliquent la durabilité de votre organisation à travers les années?

Richard VeenstraSur une période de 55 ans, il y en a eu beaucoup, des moments clés.  Les volontaires de SUCO ont été parmi les premiers à se rendre dans plusieurs anciennes colonies britanniques et françaises dans les années 1960.  Ils ont travaillé aux côtés des mouvements de libération dans le sud de l'Afrique dans les années 1970 et avec les mouvements ouvriers en Amérique latine dans les années 1980.   Notre participation à ces mouvements a forgé notre identifié à cette époque.

Aujourd'hui, notre identité repose davantage sur l'empowerment.  Il s'agit moins de lutter pour la démocratie que de trouver des stratégies pour la garder en vie.  Comment les citoyens joueront-ils le rôle qui leur revient dans une démocratie?  Comment la société civile peut-elle favoriser et alimenter ses propres institutions pour représenter les besoins des citoyens?  Le développement local met l'accent sur l'empowerment et demande « qu'est-ce qu'on peut faire avec ce que nous avons? » Lorsque les volontaires de SUCO étaient aux côtés de leurs partenaires maliens qui demandaient en 1991 « Comment peut-on faire fonctionner cette démocratie? », ou lorsqu'ils étaient avec leurs partenaires nicaraguayens en 1994 qui demandaient « Comment pouvons-nous nous protéger de El Niño?», ils jetaient les bases du travail que nous faisons maintenant.  Je pense que ce sont les moments clés qui nous engagés sur la voie que nous suivons maintenant.

Je crois que c'est notre lien avec le public, en particulier avec nos volontaires, qui nous a permis de survivre et de poursuivre notre mission pendant 55 ans.  Au départ, SUCO était une initiative menée de manière complètement bénévole dans les universités canadiennes.  Une fois que le tout s'est mis en marche, les expériences de terrain de nos volontaires revenus au pays ont imprégné notre culture organisationnelle.  Leur engagement nous a même sauvés pendant quelques années, au cours des années 1980, alors que nous ne recevions plus aucun financement du gouvernement. Le fait d’être prêts de nos volontaires, et les relations étroites qu’entretiennent nos volontaires avec les populations à l'étranger, je crois que c'est ça qui nous gardent en vie et qui nous donnent notre âme.

 

CCCI - SUCO fait partie des organisations canadiennes d'envoi de volontaires. Qu'est-ce qui fait que le volontariat est encore pertinent en 2016?

Richard Veenstra – La pratique du développement a beaucoup changé, évidemment, au cours des 55 dernières années.  SUCO, par exemple, est passé d'un modèle d'assistance technique à un modèle axé sur la « solidarité dans les luttes pour la justice sociale  » puis à un modèle d'empowerment.  Je crois qu'il y a 10 ans environ, le gouvernement canadien était prêt à appuyer un volontariat de nature différente, délaissant le modèle  du « Nord développant le Sud » pour appuyer plutôt un modèle où « nous sommes tous dans le même bateau ».  Le dernier gouvernement s'est éloigné de ce dernier modèle pour revenir à un modèle Nord-Sud plus traditionnel, mais la réalité d'aujourd'hui est plus complexe que cela.

La ministre Bibeau a cadré le processus de consultation actuel sur l'aide au développement du Canada autour des valeurs canadiennes comme la compassion, le respect pour les droits humains et la générosité.  Mais qu'en est-il de la coopération? Nos partenaires nous disent que les Canadiens sont d'excellents collaborateurs, donc notre programme de développement devrait mettre de l'avant ces valeurs et ces compétences, et regarder vers l'avant pour voir un monde plein d'exemples d'initiatives auxquelles notre nation a contribué avec la pleine participation des populations les plus concernées. Le monde vient tout juste d'adopter un plan de développement pour lui-même, le Programme 2030, et il s'est engagé à freiner les changements climatiques.  Cela envoie le message, pour la première fois, que nous sommes tous dans le même bateau.  Donc avec la réputation de rassembleur que possède le Canada, il y a là un rôle important à jouer.  

Les volontaires canadiens personnifient ce rôle.  Ils arrivent avec des compétences techniques et professionnelles, et avec un esprit ouvert. Ils ne sont pas seulement des formateurs techniques. Leur mandat n'est pas de montrer aux gens comment on fait les choses, mais plutôt de travailler avec les gens et de participer à un processus visant à trouver des solutions aux problèmes et à faire avancer les choses.  Les rôles des volontaires aujourd'hui sont plus fluides: ils sont toujours des formateurs et des conseillers, mais aussi des motivateurs, des animateurs et des connecteurs. Je pense qu'avec la reconnaissance générale que nos problèmes sont mondiaux, le volontariat canadien est plus pertinent que jamais.

 

CCCI - Au fil des ans, SUCO a développé une expertise en agriculture durable (avec une approche agro-environnementale). Quelle est la particularité de cette approche? Et pouvez-vous nous parler d'un projet dont vous êtes particulièrement fier?

Richard Veenstra – Il y a 20 ans environ, alors que nous étions dans la période juste après le Sommet de Rio, un volontaire de SUCO a commencé à développer des techniques et des outils de formation dans le domaine de la gestion d'exploitation agricole en collaboration avec des partenaires, des techniciens et des agriculteurs nicaraguayens. La gestion de l'eau et l'érosion des sols ont longtemps représentés deux grands défis pour les agriculteurs de la région, et ces défis ont été exacerbés par El Niño, et maintenant par La Niña, mais aussi par la nouvelle tendance, à l'époque, qui consistait à utiliser des fertilisants et des pesticides nocifs plutôt que d'autres techniques.  Donc en regardant en arrière, en demandant aux gens ce que leurs grands-parents faisaient avant que l'utilisation d'intrants chimiques ne devienne si répandue, et aussi en portant une plus grande attention aux développements récents résultant de l'intérêt émergent pour l'agriculture biologique, de nouvelles techniques durables sur le plan environnemental furent développées et d'anciennes techniques furent modernisées.  Ces outils ont été incorporés dans un ensemble de 21 manuels appelé « El machete verde ». Au début des années 2000, nous avons développé un ensemble d'outils similaires avec les paysans haïtiens appelé le « Djakout peyizan ».  Mais au-delà des outils, qui sont conçus pour s'adapter à la culture et à l'agriculture locale, et même au niveau d'alphabétisation,  avec beaucoup d'illustrations et un niveau de langage accessible en espagnol ou en créole, l'accompagnement est vraiment fondé sur les principes de l'éducation aux adultes, avec un fort accent placé sur la participation et les expériences concrètes.  C'est probablement là la clé des succès que nous avons connus.

Au Nicaragua, nous en sommes présentement à la dernière année d'un projet de six ans appelé PROGA-JOVENES.  En travaillant de concert avec des instituts de formation professionnelle et avec le ministère de l'Éducation, nous avons développé un cursus en gestion durable des exploitations agricoles et offert ce programme aux jeunes dans le nord du Nicaragua.  Pour la première fois, le ministère offrait une formation post-secondaire menant à un certificat à des jeunes qui n'avaient pas complété leur éducation secondaire.  En fait, la moitié des diplômés n'avaient même jamais été à l'école primaire!  Les jeunes « raccrochaient », si on peut dire.  Une autre chose à noter : le programme était décentralisé et offrait un accompagnement sur les fermes familiales. Donc plutôt que de devoir quitter la ferme pour apprendre comment exploiter la ferme, ce qui est généralement la façon dont les formations agricoles sont mises en place, aussi contradictoire que cela puisse paraître, les jeunes pouvaient rester sur la ferme et appliquer immédiatement ce qu'ils venaient d'apprendre.  Donc ce qui s'est passé ici c'est que, en plus de diminuer l'exode rural, les parents de ces jeunes apprenaient les nouvelles techniques de leurs fils et de leurs filles. Ce sont donc littéralement des milliers d'exploitations agricoles familiales qui ont bénéficié du programme, en plus des plus de 2000 jeunes hommes et jeunes femmes (44 %) qui ont reçu la formation.  Après la graduation, les jeunes se voient offrir la chance d'obtenir un appui technique et financier pour démarrer une entreprise liée à leur production. Maintenant les régions rurales du Nicaragua regorgent de marchés, de ruches, de fermes de poulets, d'usines de vinaigre et d'autres activités, toutes locales, toutes menées par des jeunes, à une échelle complètement différente.

 

CCCI - SUCO a lancé récemment un nouveau programme d'échange pour les entrepreneurs appelé « Entregent d'affaires ». Qui est le public cible de ce programme et quels sont les résultats attendus?

Richard Veenstra – Ce programme a été conçu pour deux raisons.  D'abord, nous voulions trouver une façon d'encourager les jeunes à considérer les petites entreprises agricoles comme une option d'avenir, ou encore à considérer la ferme familiale comme une entreprise. Aussi, nous voulions impliquer les communautés de la diaspora ici au Canada et tirer profit de leurs compétences et de leur compréhension des réalités locales pour le bénéfice de ces jeunes.  Donc nous avons conçu ce programme basé sur de courts mandats à l'étranger pour des entrepreneurs de la diaspora.  Nous avons pris contact avec des groupes ici à Montréal, comme la Chambre de commerce latino-américaine du Québec et le Regroupement général des Sénégalais du Canada,  pour sonder leur intérêt à impliquer leurs membres, et la réponse fut aussi immédiate que positive. 

Après avoir consulté nos partenaires à l'étranger au sujet de leurs besoins spécifiques, le programme a pris une tournure plus technique.   Donc au lieu d'être surtout des motivateurs, nos volontaires d' « Entregent d'affaires » sont aussi des conseillers techniques dans les domaines de la gestion de restaurants, de l'agriculture biologique, de l'apiculture, etc. Le programme est encore nouveau mais, ce que nous constatons après deux mandats, c'est un accent mis sur le renforcement des capacités, avec de nouvelles pratiques adoptées immédiatement, ainsi que la possibilité de maintenir des liens à travers le temps, grâce au mentorat à distance ou à des mandats répétés.

 

CCCI - Affaires mondiales Canada a récemment lancé un processus d'examen de sa politique d'aide internationale; quelles sont les trois principales priorités ou recommandations que SUCO formulera lors de ces consultations?

Richard Veenstra Tout d'abord, l'accent en termes de mesures liées aux changements climatiques dans les pays en développement doit être mis sur l'adaptation plutôt que sur l'atténuation.  L'atténuation des changements climatiques et de leurs effets - sauver la planète, comme diraient certains - n'est pas la responsabilité première des pays en développement. Les 20 pays qui produisent 80 % des émissions de gaz à effet de serre sur la planète, des économies développées et émergentes avec de grandes populations, joueront un rôle décisif pour réduire les gaz à effet de serre à un niveau  acceptable.  Les pays en développement doivent trouver et utiliser des stratégies qui sauveront des vies dès maintenant tout en contribuant à une dynamique économique, environnementale et démographique qui soit durable et qui contribuera ainsi à l'atténuation.   Le problème, c'est que le discours sur l'atténuation est réduit aux énergies renouvelables, qui sont évidemment extrêmement importantes, mais qui ne devraient pas remplacer l'accent placé sur des dynamiques plus durables.

Cela mène tout naturellement à se concentrer sur le développement local, qui constitue ma deuxième recommandation. Les économies des pays occidentaux ont développé une énorme dépendance envers l'économie mondiale, et nous devons tous nous recentrer sur des dynamiques économiques locales et régionales qui cultivent la relation que les gens entretiennent avec leur communauté et leur environnement local, qui leur permettent de l'apprécier, et qui envisagent les contributions des éléments internationaux comme des compléments à ce que nous pouvons produire localement et non comme l'essence même de nos modèles de consommation. Cela implique une attention particulière portée à l'agriculture pour la consommation locale et aux exploitations agricoles familiales, pas pour exclure toutes les exportations de produits, mais pour trouver un équilibre plus durable.

Ma troisième recommandation est d'avoir une compréhension plus profonde de la manière dont les résultats de développement peuvent être planifiés et atteints.  Au cours des dernières années,  le besoin apparent de concentrer nos efforts et d'utiliser au maximum nos ressources limitées a conduit à des modèles de planification et de gestion qui dans les faits limitent les résultats que nous pouvons atteindre avec les ressources à notre disposition.  Ceci est le résultat de l'effet de silo engendré par la dominance du modèle logique, et de l'accent placé sur des résultats intermédiaires franchement peu ambitieux au nom d'un plus grand contrôle sur les mécanismes de rapportage.  Cela n'est tout simplement pas correct.  Il est clairement dans le meilleur intérêt de tous de viser haut pour atteindre des résultats durables et profonds, pas de viser bas de manière à garantir un meilleur rapportage.  Limiter les activités au sein d'un projet et établir une cohérence au niveau des activités, c'est sensé, et c'est là que peuvent être réalisés les gains financiers.  Mais de ne même pas tenter de réaliser le plein potentiel de ces activités en termes d’autres résultats divers équivaut à un gaspillage de ressources. 

Par exemple, un programme de formation professionnelle pour les jeunes  aura un impact sur les perspectives d'emploi, mais aussi sur la pauvreté, la durabilité environnementale, les relations entre les sexes, l'autonomisation économique des femmes et l'éducation, s'il est conçu de cette façon.  De petites décisions et de petits investissements stratégiques dans un simple projet peuvent avoir un énorme impact sur l'ensemble des résultats qu'il peut atteindre.  La conception actuelle des programmes limite systématiquement cette façon de faire.  L'approche que je suggère est cohérente avec la manière dont l'ACDI formait les ONG à la gestion axée sur les résultats il y a plus de 15 ans, et elle est très cohérente aussi avec la vision de l'ONU et des ODD à l'heure actuelle.

 

CCCI - Il y a deux ans, SUCO est devenu membre du CCCI: pourquoi est-ce important pour votre organisation de faire partie du CCCI?

Richard Veenstra Le CCCI joue un rôle très important à différents niveaux.  Dans des conditions bonnes et parfois moins bonnes, le CCCI a été en mesure d'établir et de maintenir un dialogue constructif avec notre gouvernement fédéral depuis des années, et il offre une source constante de stimulation en maintenant un regard analytique sur l'environnement politique tant au niveau national qu'international.  SUCO ne pourrait pas investir dans tous ces domaines d'analyse qui sont d'une importance vitale pour nous, donc nous nous concentrons davantage sur les domaines spécifiques liés à notre programmation.  En tant que membre du CCCI, nous avons accès à toutes ces analyses et nous pouvons participer à un dialogue constructif avec le gouvernement.  Les frais annuels peuvent sembler élevés au départ, mais en fait  cela équivaut environ à sept semaines de salaire.  Nous ne pourrions pas embaucher quelqu'un pour faire tout ce travail en si peu de temps. C'est donc une très bonne affaire.

 

 


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