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Crise économique et financière

 

L’économie aléatoire
Par Gerry Barr

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Gerry Barr
 

 

Lorsque l’économie planétaire s’effondre, ce sont les pays en développement qui en souffrent le plus. La transparence et une règlementation mondiale tenant compte des besoins exprimés par les plus démunis sont des conditions sine qua non au dénouement d’une crise engendrée par la débâcle du système financier mondial. En peu de mots, voilà ce que pensent les quatre auteurs du présent numéro de e-Au Courant.

 

Susan George, présidente du conseil d’administration du Transnational Institute (TNI), affirme que les tentatives du G20 pour remédier à la crise financière sont vouées à l’échec. D’une part, le G20 consacre des centaines de millions de dollars au renflouement des coffres du Fonds monétaire international et d'autre part il laisse le tiers-monde s’enliser dans la dette. La crise environnementale est imminente. Même si, pour le Canada, la fonte des glaces arctiques pourrait ouvrir le passage du Nort-Ouest, il n’en demeure pas moins qu'ailleurs, elle engendrera des catastrophes écologiques et donnera lieu à de nouvelles crises qui rendront plus dramatique la situation des réfugiés, d’ajouter Mme George.  En l’occurrence, il faudrait revoir les règles de l'Organisation mondiale du travail et veiller à ce qu'elles favorisent le transfert des technologies respectueuses de l’environnement, ce qu’elles ne font pas encore. Les représentants de la société civile devraient profiter de l’occasion pour préconiser des mesures telles que l’imposition d’une taxe sur les transactions financières (taxe Tobin). À l’heure où le débat gagne la planète, Mme George prévoit que les ONG ne pourront espérer se faire entendre que si elles sont prêtes à s’unir.

 

Pour sa part, Fraser Reilly-King, de l’Initiative d’Halifax, est d’avis que les banques nord-américaines et européennes se sont fait complices de la déroute de l'économie mondiale en incitant les consommateurs des pays développés au surendettement. Plus de 50 millions de personnes viennent de s’ajouter au nombre de ceux et celles qui doivent vivre avec un salaire quotidien de moins de deux dollars (sans compter les quelque 150 millions de personnes que la flambée des prix et du carburant a réduit à la pauvreté en 2008). De plus, M. Reilly-King affirme que le rapport de la Commission Stiglitz fait preuve de clairvoyance dans son analyse du système financier mondial. En guise de solution à la crise, M. Stiglitz propose notamment que les pays industrialisés consacrent 1 p. cent de leur plan de relance à la reprise économique dans les pays en développement; que l’on constitue une réserve mondiale dont on se servira pour injecter des fonds dans l’économie réelle des pays en développement; qu’on mette en œuvre un « véritable » cycle de négociations commerciales favorisant les intérêts des pays en développement.

 

Dans son article, Peter Gillespie, de Inter Pares, décrit comment les ressources des économies du Sud sont littéralement sapées alors que des milliards de dollars sont illicitement acheminés, depuis les pays en développement, vers les réseaux de paradis fiscaux au Nord. La fraude fiscale et le détournement de ressources publiques ont privé des millions de personnes des soins de santé auxquels ils avaient droit et ont miné certains programmes publics clés. Présentement, la moitié des fonds qui circulent dans le monde transite par un peu plus de 70 abris fiscaux nationaux. Les défenseurs de la société civile réclament de la transparence, une réglementation mondiale ainsi que de nouvelles normes comptables.
    
Selon Amelita King Desjardin, les femmes travaillent principalement dans les industries destinées à l’exportation et exigeantes en main-d’œuvre. C’est habituellement dans ce secteur que les pertes d'emplois se font sentir en premier. D’ailleurs, des études menées pendant la crise économique asiatique, en 1997, révèlent que les répercussions immédiates des récessions se manifestent principalement par l’abolition d’emplois occupés par des femmes. Si les familles pauvres sont les plus durement frappées par les récessions, c’est en grande partie parce que le chômage des femmes entraîne une perte de revenu considérable qui se traduit, pour la plupart des familles touchées, par des problèmes de malnutrition.

 

Les affres de la crise financière ont plongé le monde dans une profonde réflexion en vue de passer à une économie plus rigoureuse. Les plus démunis de notre monde sont les boucs émissaires d’une économie aléatoire et aveugle. Il faut que cela cesse.

 

 

Gerry Barr
Président-directeur général

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