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Justice environnementale

 

Vers Copenhague pour la justice environnementale
Par Gerry Barr

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Gerry Barr
 

 

Le Sommet des Nations unies sur les changements climatiques prévu en décembre à Copenhague, au Danemark, doit s’avérer l’un des tests les plus rigoureux auxquels sera soumise notre génération. Tous nos efforts devront converger vers la conclusion d’un accord ambitieux, mais juste et équitable pour la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques qui sera en place après 2012 (CCNUCC). Que faut-il réaliser à Copenhague?

 

Les pays riches, tel le Canada, enregistrent les plus grandes concentrations de gaz à effet de serre, dont les répercussions néfastes ont entraîné une détérioration de la planète et lui font courir un grave danger. C’est pourquoi nous, et d’autres pays du Nord, devons prendre des mesures pour une économie à faible émission de carbone. Le Canada doit aussi contribuer aux efforts que font les pays en développement en vue de s’éloigner du modèle d’industrialisation à grande émission de carbone. Nous devons leur faciliter l’accès à la technologie et aux ressources nécessaires pour qu’ils soient en mesure de gérer cette transition.

 

Les pays les moins responsables des changements climatiques sont ceux qui souffrent le plus des conséquences désastreuses pour les populations : les conditions météorologiques extrêmes, les sécheresses, la hausse du niveau des océans et l’insécurité alimentaire. Le Canada doit non seulement s’efforcer d’atténuer les changements climatiques, mais aussi financer généreusement l’adaptation à ces phénomènes, et la réduction des risques de catastrophe – grâce à des projets pouvant aider les plus démunis à réduire leur vulnérabilité face aux bouleversements climatiques. La Banque mondiale estime qu’entre 2010 et 2050 il faudra allouer à l’adaptation 61 milliards de dollars par année. La part du Canada s’élèverait alors à 2,2 milliards.

 

Il ne s’agit pas ici de charité mais bien de justice. Nombreux sont les mouvements et réseaux du Sud qui réclament à juste titre que les responsables des catastrophes écologiques paient leur dette – une dette vis-à-vis des pays et des populations du Sud. Elles ont assisté, pendant des décennies, au pillage de leurs ressources, à la destruction de la biodiversité, au déversement, chez eux, de quantités de déchets, au développement industriel intensif et à la consommation excessive d’énergie, autant de facteurs responsables du réchauffement planétaire.

 

Les organisations humanitaires prédisent que le nombre des catastrophes naturelles dues au climat, comme les inondations, les sécheresses et les ouragans, ne cessera d’augmenter. Les déplacements de populations, les maladies et la perte des moyens de subsistance imposeront un lourd fardeau aux capacités déjà limitées des États. D’autre part, dans les États fragiles en conflit, les changements climatiques soulèvent des tensions sociales et exacerbent les différends, minant ainsi la résilience des collectivités marginalisées.

 

Les négociations de Copenhague ne doivent pas consister en un simple exercice technique – encore qu’on ne manquera pas d’aborder des questions de mécanismes et de techniques. Au cœur de la crise du climat se trouvent les violations à grande échelle des droits de la personne, à savoir le droit à l’alimentation et à l’eau, à un environnement sain, à un emploi, à l’éducation, à des moyens d’existence, à la participation politique et à la liberté de vivre sans peur et sans violence. Les négociations devraient aboutir à l’établissement de normes qui donnent aux plus démunis de la planète — les peuples autochtones, les collectivités rurales, les groupes marginalisés sur les plans politique et économique, et les femmes — les moyens de défendre leurs droits. Tous ces groupes ne sont pas seulement des victimes d’une situation climatique sans issue; ce sont des agents du changement dont il faudrait prendre en considération les pratiques viables en vue d’apporter les vraies solutions aux problèmes découlant du changement climatique. Leur leadership est crucial.

 

Au Danemark, la justice environnementale devra figurer à l’ordre du jour des rencontres. Il nous faut un programme d’action englobant tous les aspects qui, tel le commerce, contribuent à ce problème complexe. Une semaine avant le sommet de Copenhague, les gouvernements se rencontreront à Genève à l’occasion de la septième réunion ministérielle que tiendra l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour le Cycle de Doha (ronde de négociations commerciales qui devaient particulièrement cibler les besoins des pays en développement).

 

Il faut réorienter le commerce et le régime d’investissement à l’échelle internationale en s’écartant des secteurs industriels grands consommateurs d’énergie, des combustibles fossiles, et de l’agriculture intensive, pour se tourner vers une production durable et des énergies de remplacement. Le Canada doit seconder les efforts de l’OMC et exercer des pressions pour l’instauration de mesures favorables aux petits exploitants agricoles et à leurs pratiques viables. Le Canada devrait préconiser des régimes qui élargissent les droits à la propriété intellectuelle de sorte que les pays en développement puissent se doter des technologies qui favoriseront leur développement.

 

À l’approche de ces moments clés de notre engagement, que ce soit à la conférence sur les changements climatiques prévue à Copenhague en décembre 2009, à la réunion de l’OMC à Genève le 30 novembre, ou aux rencontres des G20-G8 au Canada en 2010, assurons-nous que l’accent sera mis sur l’équité, la justice et les droits.

 

Il ne tient qu’à nous que le Canada réponde comme toujours à ses obligations, place la justice environnementale au cœur du débat et milite en faveur d’une réforme des politiques pour assurer une gestion adéquate de la crise climatique et de l’économie à l’échelle mondiale. Il est temps de mettre un terme à l’exploitation des moyens de subsistance et des populations les plus marginalisées du monde, et de commencer à prendre en compte leurs propres solutions au Sommet des Nations unies sur le climat à Copenhague.

 

 

Gerry Barr
Président-directeur général

Conseil canadien pour la coopération internationale

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